Les poissons minuscules peuvent aussi avoir un petit patrimoine génétique et ce, bien plus souvent qu’on ne le pense

Communiqué de presse

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Exemples de nains progénétiques (Paedocypris, Sundadanio et Danionella, à gauche) et de nains proportionnels (à droite). zvg/Nadeela Hirimuthugoda

Une équipe scientifique du Musée d’histoire naturelle de Berne (NMBE) et de l’Université de Berne a découvert un lien remarquable: certaines espèces de poissons minuscules ont non seulement un petit corps, mais aussi un patrimoine génétique particulièrement petit. L’étude montre également que cette relation s’est développée au moins trois fois de manière indépendante au cours de l’évolution.

Les petits poissons ne se ressemblent pas tous. Certaines espèces évoluent normalement et restent petites. Dans ce cas, on parle d’espèces naines proportionnées. D’autres atteignent la maturité sexuelle à un stade précoce de leur développement et conservent ainsi de nombreuses caractéristiques juvéniles jusqu’à l’âge adulte. Ce raccourcissement du développement a pour conséquence que les animaux adultes sexuellement matures présentent un squelette similaire à celui d’une larve. On parle alors de nanisme progénétique.

Ce sont précisément ces spécimens qui ont fait l’objet d’une nouvelle étude du Musée d’histoire naturelle de Berne et de l’Université de Berne. L’équipe de recherche internationale a étudié l’histoire de l’évolution des poissons apparentés aux carpes et a comparé la taille du patrimoine génétique de plus de 300 espèces. Concrètement, il s’agissait du genre Paedocypris: une espèce qui atteint sa maturité sexuelle même en mesurant moins de 8 millimètres. Il s’est avéré que ces poissons nains et d’autres genres nains progénétiques ont tous quelque chose en commun: leur patrimoine génétique est particulièrement petit. Ce qui est particulièrement surprenant, c’est que ces genres de poissons sont apparus au moins trois fois indépendamment les uns des autres au cours de l’évolution. Malgré cela, ils ont non seulement développé des caractéristiques corporelles similaires, mais aussi des génomes tout aussi petits.

L’évolution trouve régulièrement les mêmes solutions

«Nos résultats montrent qu’il n’est pas seulement question de la taille», explique Lukas Rüber, curateur au Musée d’histoire naturelle de Berne. «C’est plutôt la manière dont ces petites espèces de poissons apparaissent qui semble décisive.» L’équipe de recherche en conclut que le développement réduit de ces poissons est étroitement lié aux modifications du patrimoine génétique. «Ce qui est particulièrement surprenant, c’est que les lignées de poissons nains progénétiques, apparues indépendamment les unes des autres, présentent des modifications génomiques remarquablement similaires, mais ce n’est pas le cas des spécimens nains proportionnés. Cela indique que, dans certaines conditions, l’évolution peut presque systématiquement aboutir aux mêmes résultats», ajoute Hiranya Sudasinghe, auteur principal de l’étude.

L’étude financée par le Fonds national suisse (FNS) permet d’aborder de nouveaux aspects des interactions entre le développement, le patrimoine génétique et l’évolution. Les résultats ont été publiés dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS).